La rencontre Morlaisienne aurait pu servir d’excellente répétition à Charles de Blois pour de prochains affrontements dans la campagne bretonne. Mais après ce bref échange, quand même meurtrier et coûteux en prisonniers, il ne retient aucune leçon pour faire face au professionnalisme des anglais. Malgré l’infériorité en nombre de leurs troupes, les capitaines anglais excellent dans le choix du terrain par l’utilisation intelligente de la topographie avant le déclenchement du combat. Par la défensive qu’ils privilégient, cela leur permet, de façon quasi répétitive, de faire face à l’impétuosité guère réfléchie de leur adversaire franco breton. A cette époque, plus que jamais, l’infanterie s’impose - on le dira plus tard- comme « reine des batailles » et, pour elle l’occupation méticuleuse du terrain constitue la toute première priorité.
A Cadoret, Charles de Blois et ses proches au commandement ne tiennent pas plus compte qu’à Morlaix de la tactique menée par des soldats anglais avec l’appui des archers gallois, redoutables tireurs d’élite. L’inattendue défaite de Crécy, en Picardie, une année plus tard (26 Août 1346), sera due , malgré la nette infériorité numérique des troupes d’Edouard III, à une tactique basée sur le choix minutieux d’un terrain avantageux et l’utilisation de ruses mais surtout des tirs nourris d’archers dont les flèches qui « semblent neige » déciment d’abord chevaux et cavaliers avant l’attaque foudroyante des fantassins et des chevaliers anglais combattant à pieds et bousculant les français encombrés de leurs lourdes armures. La bataille de Cadoret va se dérouler selon le même schéma, hormis vraisemblablement la présence de cavaliers.

Thomas de Dagworth progressait vers Plouermel le long de la vallée de l’Oust, sur la rive droite. Il savait que le compétiteur Charles de Blois occupait la place forte de Josselin et disposait d’une nombreuse troupe destinée à lui barrer le passage. Dagworth franchit un gué prés d’un moulin entre Pleugriffet et Lanouée. Manifestement Dagworth était averti par des estafettes, chevauchant comme éclaireurs en avant-garde de la troupe anglo bretonne, du déplacement des Blesistes partis de Josselin, situé à deux lieues et demi (10 km) et venant à sa rencontre. Parvenu en haut de la colline, dite Landes de Cadoret, actuellement Landes du Bas Bô, Dagworth, tenu au courant de la vitesse de progression des Blesistes, a le temps d’inspecter le terrain, afin de le comprendre et d’y adapter sa tactique. Connaissant la puissance de tir de ses archers il organise ses hommes en profitant des abris naturels offerts par les déclivités accentuées et les encaissements du terrain. Il peut alors disposer en retrait ses fantassins et surtout placer ses archers, son arme privilégiée particulièrement efficace. Ayant pris le temps d’installer et de cacher –« planquer » peut-on dire en terme militaire- ses archers et ses fantassins au bas de la colline et jusqu’à son milieu, il attend de pied ferme Blois et sa troupe. Avec le début de l’après midi, le soleil vient de commencer à décliner vers l’Ouest, derrière la petite armée anglo-bretonne. On ne sait avec précision de combien d’hommes Dagworth disposait mais quelques 300 hommes semble vraisemblables. Sauf exception, ce sont de telles unités anglo bretonnes que les capitaines anglais aimaient commander afin d’adapter un dispositif rapide. En face, les forces franco bretonnes semblent être de 500 à 600.
Parvenu au sommet de la colline, confiant dans le nombre de ses troupes, Blois attaque très vite sans guère avoir conçu de plan de bataille. Sus aux anglais, voilà l’urgence ! Comme c’est l’habitude à cette époque, il estime qu’il est préférable d’attaquer du haut vers le bas malgré la gêne du soleil et une présence camouflée des adversaires. De toute façon Dagworth ne lui a pas laissé le choix car le contournement de l’Oust est quasi impossible. Ainsi, en début d’après midi de ce 17 Juin 1345 Blois fait dévaler la pente à ses soldats afin de déloger les Anglais dans un corps à corps sanglant. Dispose-t-il d’arbalétriers, notamment gênois, mercenaires présents en Bretagne ? En 1340, à la bataille de l’Ecluse puis à Crécy l’année suivante, on connaît les limites tactiques des arbalètes, armes lourdes et plus difficiles à manier que les arcs gallois. Les archers utilisent mieux le terrain que les arbalétriers et ont le temps de tirer 3 flèches pendant un seul tir de la puissante arbalète. A Cadoret, les Blesistes sont très surpris par les tirs intenses des archers gallois qui les abattent en grand nombre. Les archers disposent de grands arcs, souvent d’une hauteur correspondante à leur taille et pouvant atteindre 2 mètres de haut (longbow). Un archer, bien abrité et callé, debout, une extrémité de son grand arc posée à terre peut tirer de 10 à 12 flèches en une minute. Ainsi en 10 minutes, 100 archers peuvent envoyer au maximum une grêle de 10 000 à 12 000 flèches. C’est impressionnant. Même si ce rythme ne peut être soutenu sur une longue durée car il faut une réserve importante de flèches (24 par carquois) et si beaucoup de flèches sont perdues, celles qui parviennent au but déciment les attaquants. La portée d’une flèche est de 350 mètres ; à 100 mètres une côte de mailles est percée et à 200 mètres l’efficacité est reconnue. La première phase du combat étant au net désavantage des franco bretons, Charles de Blois et ses capitaines adoptent, dans une seconde phase, une tactique plus déployée et s’efforcent d’utiliser au mieux le terrain: au centre, face à la pointe du vallon et au fossé longeant l’Oust, deux divisions l’une commandée par Rohan et Tournemine, l’autre par Montauban ; sur chaque aile, deux compagnies, aux ordres de Coëtmen et Rochefort, Robert de Beaumanoir (oncle de Jean III du même nom) maréchal de Bretagne, et Rostrenen dirigent l’arrière garde. On peut supposer que ni Coëtmen ni Rochefrot n’arrivent à contourner par le nord et par le sud les anglo bretons, bien retranchés en avant de l’Oust difficilement franchissable. Les Blesistes sont pris sous les tirs des archers embusqués sur le bord des pentes de chaque côté du vallon. Du fait de sa configuration en sifflet, de l’ouest vers l’est, cette zone permet aux archers de diriger leurs flèches destructrices vers le nord est et le sud est en direction des deux ailes franco bretonnes. L’aile nordiste, comme les compagnies du centre, se trouvent prises sous la mitraille constante d’ouest en est des archers dissimulés le long du fossé en bordure de l’Oust et à l’extrémité orientale du vallon. Profitant du désarroi les fantassins anglo bretons, mieux reposés, interviennent ensuite pour enfoncer leurs adversaires qui à la lance qui à la hache ou au martel. A la fin de la journée, les Blesistes, aveuglés par le soleil et brisés par les anglais, se débandent et partent se réfugier à Josselin.
Pour l’une des premières batailles rangées de la guerre civile, voici une nette victoire remportée par un capitaine anglais qui, par une habile tactique, en protégeant au mieux ses hommes moins nombreux, a su utiliser le passage immédiat d’un gué, une rivière, le terrain, le soleil et surtout l’extraordinaire efficacité des archers. Selon Walsingham, les pertes furent légères du côté anglo breton et importantes du côté franco breton qui laissèrent de nombreux prisonniers en ce jour funeste pour le parti Blésiste.
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