Le Combat des Trente    ~    Biographies     ~    Batailles    ~     Bibliographie
 



- 1342, le siège d’Hennebont

- La Bataille de Morlaix

- La Bataille de Cadoret

- La Bataille de Mauront

14 août 1352, la bataille de Mauron.
 

Située au coeur de la Bretagne, la place de Mauron est occupée par des troupes franco-bretonnes dont le commandement est placé sous la responsabilité de l’ envoyé spécial du roi, le Marechal de France Guy de Nesle d’Offémont. Il fut secondé dans cette tâche par les quatre célèbres Chevaliers , Jean III de Beaumanoir et Jean Tinténiac, deux « héros » rescapés du combat des Trente, et les seigneurs de Rieux et de Rohan. Défense occidentale avancée de Rennes, la place-forte de Mauron contrôle à leur intersection les voies reliant les cités de Dinan, Vannes, Rennes et Carhaix. Cette position stratégique importante de la place est convoitée par le parti de Montfort qui envoie des troupes commandées par des officiers non moins expérimentés que les précédents, Tanguy du Châtel, Garnier de Cadoudal, Yves de Trésiguidy et l’anglais Gautier de Bentley.

Mauron avait été fortifiée par les Franco-Bretons, en point d’appui avec Josselin, pour préparer leur attaque contre Ploërmel. Bentley réussit à prendre la ville mais n’a vraisemblablement pas le temps de s’emparer du château de Brambily (disparu à ce jour, situé à 1.5km du centre de Mauron). Aucune chronique ne signale la prise précise du château et, s’il n’avait été occupé par les anglais, Bentley n’aurait pu qu’y regrouper ses troupes tout autour, en bas de la prairie. Il l’aurait utilisé en point d’appui et aurait imaginé une stratégie d’attaque de bas en haut, bien commode pour les archers, comme Dagworth à Cadoret. En fait, avec une troupe d’environ 5000 hommes Guy de Nesle s’installe au bas de cette prairie dite de l’Orme, descendant en pente vers la Doëff, une petite rivière serpentant à une soixantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Un auteur anonyme anglais regrettant que les historiens de son pays aient longtemps négligé l’étude de cette bataille, en dépit de l’holocauste de la noblesse française, « parce qu’il n’y avait aucune personnalité royale comme à Crécy, Poitiers ou Azincourt » estime qu’elle est d’un intérêt particulier pour les techniques de combat et la tactique anglaise. Pour le nombre des combattants on estime que Bentley alignait environ 2000 hommes. L’intention des Franco-Bretons est de reprendre Mauron, mais ils n’en ont pas le temps. Bentley, dans la nuit du 13 au 14 Août, contourne leur position. Le maréchal De Nesle, persuadé de sa supériorité, envoie un parlementaire à Bentley pour lui proposer un armistice afin de se rendre ou de retirer ses troupes de l’autre côté de la mer ce que le chef anglais « grand seigneur, fier et dédaigneux ayant un peu de la raideur et de la morgue britannique » refuse. Après avoir observé les terrains au-dessus de la Doëff afin de bien les comprendre et d’imaginer sa stratégie, Bentley qui a prés de lui Knolles dispose ses troupes au petit matin du 14 en haut d’une colline à 1.5km des positions ennemies les dominant d’environ une centaine de mètres. Les terrains sur lesquels va se dérouler la bataille se présentent en forme de colline disposée en quadrilatère de 1 à 1.5km de côté, descendant vers la rivière à l’ouest et au nord, et vers la forêt de Brocéliande, en plus lointain à l’est et au sud. En haut de la colline, le capitaine anglais adopte un comportement dicté par la situation de l’ennemi en contrebas en installant ses archers, éléments dominant en point d’appui adossés à un bois bordé de fourrés, en dessous de la crête de la colline, pour leur permettre de tirer, à l’abri, vers le bas et éviter d’être pris à revers sur les arrières et sur les flancs. Fidèle aux leçons anglaises et à une tactique qui a réussi sur de nombreux champs de bataille, Bentley s’installe donc sur la défensive, le soleil dans le dos, faisant combattre à pieds tous ses hommes y compris les chevaliers. Les soldats sont vêtus de cottes blanches surmontées de la croix rouge de Saint Georges (patron des chevaliers anglais). Tanguy Du Chastel commande les nobles répartis au centre du dispositif. Bentley dispose sur les deux ailes ses 800 à 1000 archers. Face aux anglais, le Maréchal d’Offemont dispose en bas de la prairie ses hommes en trois « batailles », prend lui-même le commandement du centre, avec des nobles combattant à pieds. A droite, une bataille, également à pied, est placée sous les ordres de Jean III de Beaumanoir, maréchal de Bretagne, et d’un capitaine français, Hambie. Prés de Beaumanoir se tiennent des fidèles qui l’ont aidé à gagner le Combat  des Trente : Even Charruel, Guillaume de la Marche, Guillaume de Montauban, Robin de Raguenel, Jean de Tinteniac et Maurice de Tréséguidy. A la gauche de Nesle, Roch d’Hangest commande un corps de cavalerie de 140 hommes. Les combats à cheval sont devenus rares mais, à Mauron, le terrain, en pente légère sur le versant est se révèle propice à une manoeuvre de cavalerie qui, si elle est bien conduite, peut dérouter l’ennemi. Les anglais laissent les Franco-Bretons attaquer, vraisemblablement, en fin de matinée, ayant prévu de faire reculer leur centre jusqu’à la lisière du bois où, de chaque côté, ses archers sont bien abrités.

Les Anglo-Bretons se replient dés la charge des troupes d’Offemont. Pour ces dernières la montée se révèle difficile dans les grandes herbes face au soleil. Les archers gallois les laissent « crapahuter » à l’assaut de la colline et s’essouffler. Dés que le centre Anglo-Breton est replié et bien abrité, les archers tirent leur millier de flèches qui font des ravages au centre et surtout sur l’aile droite commandée par Beaumanoir et Hambie dont les fantassins reculent et se débandent. Le centre Anglo-Breton peut alors plus aisément descendre la colline en attaquant par petits groupes afin de mieux cerner les adversaires et si possible faire des prisonniers. Les fantassins se font aider par une progression des archers de l’aile gauche qui n’ont plus en face d’aile droite ennemie car elle a été décimée. La bataille fait rage. Les hommes se battent au corps à corps à l’aide d’armes de point redoutables. La mêlée est si confuse et si rude qu’elle rend, à un certain moment, inefficace l’intervention des archers qui se battent en fantassin. Mais par ailleurs, l’aile gauche Franco-Bretonne des cavaliers d’Hangest aidée par Renaud de Trie, seigneur de Mareuil, après avoir subi des pertes sévères, finit par renverser l’aile droite ennemie en tuant plus de 600 archers. Le combat se recentre, chaque troupe ayant perdu une aile et les archers étant contraints. de se battre.
La lutte est, de surcroît, fratricide. Ainsi, Maurice de Trézéguidy, héros Blesiste du Combat des Trente, se trouve-t-il face à son frère Yves, fidèle Montfortiste. Il ne mourra pas, mais 4 de ses compagnons de la Mie-Voie vont succomber : Guillaume de Montauban (qui avait donné la victoire à Beaumanoir en se jetant à cheval dans la mêlée), Robin de Raguenel  (le beau père de Du Guesclin), Guillaume de la Marche (l’ambassadeur, en 1348, prés du pape Clément VI) et Jean de Tinténiac (« le fameux qui s’était acquis tant de gloire à la Bataille des Trente » selon Dom Morice). Un autre curieux face à face s’effectue entre Bentley et Jean de Rieux se battant sous la bannière du Maréchal de Nesle. Rieux est en effet le propre beau-fils par alliance de Bentley qui a épousé «la Tigresse Bretonne » Jeanne de Belleville, la mère d’Olivier de Clisson futur Connétable de France qui succèdera à Du Guesclin et d’Isabeau de Clisson mariée à Jean de Rieux. Bentley, malgré de graves blessures, fort dépité d’avoir perdu 600 archers, continue à organiser le combat, à galvaniser ses troupes et à repousser, en fin de journée, ses adversaires. Les chevaliers français se battent jusqu’à l’épuisement. Nombre d’entre eux sont titulaires de l’ordre de l’Etoile crée par le nouveau Roi de France Jean II Le Bon quelques mois auparavant, le 16 Novembre 1351. Mauron devient le premier lieu de désastre de cet ordre suivi par bien d’autres, tel Poitiers 4 ans après où combattent les chevaliers tellement fidèles à leur serment de ne jamais reculer que l’ordre disparaîtra bien vite, ses membres s’étant fait pratiquement tous tués. Mauron en cet après-midi du 14 Août 1352 se transforme en une cuisante défaite pour les troupes Franco-bretonnes du Maréchal Guy de Nesle d’Offemont. Ce dernier entouré par l’élite de ses combattants, se bat courageusement mais après un combat désespéré au corps à corps, il se fait tuer par Tanguy du Chastel, l’un des lieutenants bretons du capitaine anglais dont les chroniqueurs louent la vaillance.
 Les cavaliers qui s’étaient bien comporté au combat s’efforcent, sous la conduite d’Hangest, de couvrir au mieux la débandade de leurs compagnons d’armes. Mais malgré les actes d’héroïsme il leur est impossible d’arrêter le flux de la marée Anglo-Bretonne. Les cavaliers d’Hangest, très éprouvés par les archers, sont contraints de quitter le champ de bataille. Alors se déclenche un sauve-qui-peut à l’aveuglette. Sur la prairie de l’Orme, le carnage est affreux : certains historiens ont évoqué 2000 morts ; vraisemblablement 1400 à 1600 hommes restent sur le terrain dont 800 à 900 du côté Franco-Breton et 600 à 700 du côté Anglo-Breton. Il faudra deux grandes journées pour retrouver le cadavre du Maréchal. Comme à la Roche-Derrien et à Crécy, 5 et  6 années auparavant, comme à Poitiers 4 années plus tard, un nombre important de nobles disparaît. C’est au cours de cette bataille sous toute vraisemblance que disparut Raoul de Cahours. La bataille de Mauron est une victoire éclatante pour le parti de Montfort. La place demeurera en la possession des anglo-montfortistes jusqu’au terme du conflit. Mais le fait essentiel est que le parti blésiste ne mènera désormais plus d’offensive majeure pendant les onze années qui suivront.


Jean de Tinténiac

Even Charruel

Guillaume de Montauban

Robin de Raguenel



Jean III de Beaumanoir

Maurice de Trézéguidy

Guillaume de la Marche



Robert Knolles

Thomas de Dagworth (mort en 1350)

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