Entre Morlaix et Lanmeur, Charles de Blois se trouve confronté au lieutenant général de Bretagne William de Bohun, Comte de Northampton, assisté par Robert d’Artois et les Comtes de Derby et d’Oxford souhaitant s’emparer de la ville de Morlaix. En fin d’après-midi, Blois partage son armée en trois « batailles » (divisions) et attaque les Anglais bien inférieurs en nombre. Comme toujours, les chiffres divergent et sont exagérés même par les chroniqueurs anglais; pour cette bataille dite de Morlaix, ils sont, hors Cuvelier, les seuls à en parler. Ils minimisent le nombre des combattants anglais (environ 500) et renforcent celui de leur adversaire français (entre 2000 et 5000 chevaliers, mercenaires Génois et infanterie bretonne non professionnelle). Les anglais en tout cas bien inférieurs en nombre et à pied, se trouvaient en appui sur une colline adossée à un bois, mais ils avaient pris la précaution d’aménager le terrain en creusant sur la pente des trous pour leurs archers et des fossés dissimulés dans les branchages. Lors de l’attaque les cavaliers blesistes sont pris au piège dans les tranchées et placés sous le tir des archers. Très rapidement, cinquante chevaliers sont tués et 150 à 200 hommes d’armes sont faits prisonniers dont Geoffroy de Charny futur porte oriflamme à la bataille de Poitiers. Les blesistes renoncent à prolonger le combat et, de leur côté, les anglais ne se risquent pas à les poursuivre. Cette petite bataille est plutôt considérée comme une grosse embuscade plutôt que comme une bataille rangée. Des historiens anglais considèrent que pour l’approche de la tactique anglaise la bataille de Morlaix est un maillon intéressant dans la chaîne entre Boroughbridge (1322) et Halidon Hill en Ecosse (1333) puis Crécy (1346) et Poitiers (1356). Bohun sera d’ailleurs l’un des principaux chefs anglais à la bataille de Crécy au côté du Prince noir. Si Morlaix n’a guère d’intérêt pour la guerre de succession en Bretagne, elle est d’une grande importance pour la guerre d’infanterie car elle explique comment une armée aux effectifs nettement inférieurs à ceux de l’armée ennemie, de surcroît combattant à pied, non seulement parvint à éviter d’être exterminée par des cavaliers mais réussit à les faire fuir du champ de bataille. L’action prioritairement défensive avec des archers, puis l’utilisation du terrain avec des bois sur les flancs et des fosses dissimulées ont été d’une grande importance. Enfin, avec le prolongement des attaques le plus tard possible, à la fin de la journée, les tactiques anglaises sont bien en place à Morlaix. Il faut retenir comme leçon que, même si les archers semblent n’avoir pas jouer un rôle aussi important qu’à Halidon Hill et Crécy, un nombre très inférieur d’anglais à pied était capable d’éviter l’extermination par la cavalerie française et, de surcroît, parvenait à la faire fuir en débandade. La réussite tenait surtout à la préparation de la bataille par la reconnaissance du terrain, la veille du combat, son aménagement puis le placement des fantassins adossés à des bois, enfin à une tactique forçant les ennemis à s’enfoncer dans une sorte d’entonnoir, en contraignant à rétrécir, donc à perturber les charges. Le chroniqueur Henry Knighton appelle cela « antrum obturatum » ou «narrow cave », c’est-à-dire une forme de caverne se rétrécissant ; Voilà pourquoi une telle tactique ressemble plus à celle d’une grande embuscade bien préparée qu’à celle d’une bataille rangée inopinée.
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