Le Combat des Trente    ~    Biographies     ~    Batailles    ~     Bibliographie
 
Hommes :

- Charles de Blois ou de Chatillon (1319-1364)

- Jean Froissart (vers 1337-vers 1404)
- Raoul De Cahours
- Thomas de Dagworth (1310-1350)
- Jean de Montfort (1293-1345)
- Du Gésclin
Femmes :

- Jeanne de Penthièvre (1319-1384)

- Jeanne de Belleville  
- Jeanne de Flandre ( ?-1378)

Raoul De Cahours
« un mercenaire sans scrupule »
 

Raoul de Cahours, transfuge répétitif - comme il en existe en toute guerre partisane - abandonne, à plusieurs reprises, son parti pour rallier, à prix d’argent, le parti adverse. L’intérêt personnel prime, à coup sur, dans ses changements de fidélité. En fait, un tel militaire s’apparente plus à un mercenaire, voire à un bandit professionnel. Dans le pays de Rais et dans les Marches méridionales de Bretagne, il occupe une position stratégique et ses motivations dépendent plus de calculs économiques que de convictions morales ou politiques. Siméon Luce, l’éditeur des chroniques de Froissart, n’hésite pas écrire dans histoire de Bertrand Du Guesclin : la jeunesse de Bertrand (Paris 1876) : «  Raoul de Cahours est une figure de bandit les plus cyniques qu’offre le XIVèmè siècle, si riche pourtant en types de brigandage. Changer perpétuellement de parti au gré de son intérêt du moment, déjeuner de l’Angleterre et souper de la France, combattre le lendemain ceux qu’on servait la veille, trahir au plus offrant et dernier enchérisseur, tel est le métier que Raoul fait toute sa vie ». Le portrait, des plus sévères, car plus nuancé, on l’a vu, par Michaël Jones, fait comprendre le cynisme d’un personnage, archétype des transfuges de son temps, mettant à profit, pour son propre compte, la guerre de succession de Bretagne.  Par vengeance, en règlement de comptes, à l’encontre d’un capitaine anglais Walter de Bentley, mari de Jeanne de Belleville, qui ne soutenait plus ses revendications financières, Raoul de Cahours, sollicité à prix d’argent pour revenir dans le camp blésiste, tente un guet-apens à Thomas de Dagworth. Ce dernier est visé parce qu’il est le chef suprême des anglais en Bretagne, qui ont réclamé des comptes à Cahours et l’ont empêché d’amasser une fortune par pillage. Mais Dagworth est aussi le responsable militaire des montfortistes et le cousin germain par alliance du roi d’Angleterre Edouard III. Voilà une provocation de taille ! Au-delà de l’assassinat militaire, c’est un meurtre politique. Le massacre-assassinat du lieutenant général du roi d’Angleterre et d’une centaine de ses compagnons se réalise en Août 1350, pendant une trêve normalement respectée par les partisans des deux blocs bretons et leurs alliés. La trahison est évidente. Et, chose à peine croyable, le pape avignonnais, Clément VI - protecteur de la paix pendant une trêve - adresse ses félicitations à la duchesse de Penthièvre, qui, en l’absence de son mari prisonnier en Angleterre, fait fonction de « patronne » des blésistes. Elle n’a vraisemblablement pas commandité cette exécution, mais elle s’en réjouit ouvertement du fait de la personnalité exceptionnelle de Dagworth et de l’intérêt politique et militaire de sa disparition. Elle ne peut oublier que trois graves défaites des blésistes en bataille rangée sont dues au génie militaire du redoutable anglais qui, de surcroît, a vaincu et fait prisonnier son époux. Dés septembre 1350, la mort de Dagworth est fort bien accueillie par le nouveau roi de France,  Jean le Bon, qui témoigne sa gratitude à Cahours. Il ratifie l’accord conclu, fin 1349, entre Cahours et les émissaires blésistes dont Jean III de Beaumanoir, amnistie Cahours pour ses rebellions antérieures contre la France et lui octroie une importante pension annuelle de  2000 livres tournois. Le retour dans le camp franco breton, par la perfidie, est exceptionnellement récompensé. La rencontre de Beaumanoir et de Cahours, l’année précédente, ne pouvait être fortuite. Ce dernier, changeant de camp, devait au moins avoir la certitude de compter sur les troupes franco bretonnes. C’est le rôle du maréchal de Charles de Blois d’en mettre à sa disposition. Les tractations ont-elles été plus poussées à propos de missions plus précises ? Y-a-t-il eu, par exemple, manipulation par l’entourage blésiste du roi de France, à laquelle aurait été mêlé Jean de Beaumanoir, lors de ses entretiens avec Cahours, pour l’entraîner dans le camp franco breton ? Cette manipulation aurait-elle pu aller jusqu’à une demande de gages incluant le meurtre de Dagworth ? Ou bien Cahours l’a-t-il proposé lui-même aux émissaires du roi de France, même s’il avait la volonté et la capacité, de son propre chef, d’éliminer le chef anglais ? On ne peut le prouver, mais se pose la question : A qui profite le crime ? En effet, il est fortement troublant de constater les proximités des dates : une avance financière à Cahours en février 1351 sur la somme promise de 10000 écus, l’embuscade meurtrière tendue à Dagworth en Août et, dés le mois suivant, en septembre, de nouvelles fortes récompenses octroyées par Jean le Bon, dont une grâce pour ses rébellions antérieures. En Janvier 1351 Cahours, peut-être par reconnaissance envers le roi de France ou vraisemblablement pour obtenir de nouvelles gratifications, lui promet de livrer par ruse les villes de Guérande, Vannes et Quimper. Il ne réussira pas à le faire. Il perdra alors la plupart de ses terres du sud-est breton au profit de Bentley et des anglais. Après avoir, un temps occuper Noirmoutier repris aux anglais puis abandonné à un pirate, Maciot de Mareuil, originaire de Nantes, Cahours finira par se faire confisquer ses rares biens restants…par le roi de France. On peut comprendre que la tuerie de Dagworth par un tel aventurier sans scrupule se révèle d’autant plus inopportune et  mal comprise du côté anglo breton. En effet, le chef des anglais  s’efforçait, à ce moment là, de faire enrayer au maximum par ses capitaines les exactions et les pillages envers les habitants, notamment ceux favorables au parti blésiste adverse. La riposte vengeresse ne tarde pas de la part de Robert Bamborough, capitaine anglais de Ploërmel, où il a succédé à Dagworth qui l’honorait de son amitié. Bamborough perdra son sang froid et exercera ses représailles à l’encontre de la population notamment paysanne proche des  garnisons paradoxalement à l’inverse de ce que préconisait Dagworth. C’est son comportement qui sera prétexte au combat des Trente.

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