Considérée généralement comme un des premiers épisodes des conflits qui opposent, au cours des deux derniers siècles du Moyen-Age, l’Angleterre et la France, la lutte, née d’une crise dynastique à la mort de Jean III et de la rivalité de deux familles, celle de Blois-Penthièvre soutenue par Philippe VI de Valois et celle de Montfort-L’Amaury appuyé par Edouard III, plonge pendant 23 ans le duché dans les affres d’une guerre civile. L’affaire commence avant le décès de Jean III. Le duc, connu surtout pour sa bonté, sa timidité et sa fidélité au roi de France, s’est marié trois fois, d’abord avec Isabelle de Valois (morte en 1309), puis avec Isabelle de Castille morte en 1328 et enfin avec Jeanne de Savoie morte en 1344. Par un de ces hasards malencontreux de l’histoire ces unions restent stériles. Une telle situation plonge alors l’entourage du prince dans l’inquiétude, la perplexité et l’intrigue.

Coutume et droit usager contre droit naturel
Des clans se forment au gré des affections et des intérêts. D’aucun pense que la solution la plus raisonnable est de se conformer aux usages locaux. La coutume bretonne tolère qu’une femme accède au trône et gouverne le duché elle-même ou plutôt par l’intermédiaire de son époux qui devient « baillistre ». Le cas s’est déjà produit à quatre reprises dans le passé. Le droit usager admet, d’autre part, qu’un héritier ou qu’une héritière représente un père décédé et réclame sa succession. Partant de ces deux principes il n’y a aucune raison disent les tenants de la famille de Penthièvre, d’empêcher la jeune Jeanne, fille du prince Guy, frère puîné de Jean III, décédé une dizaine d’années auparavant, de revendiquer la couronne au nom d’un droit de représentation. Si Guy avait vécu, personne n’aurait contesté ses prétentions. D’autres commencent par rappeler que, selon le droit naturel et à défaut d’héritier direct, il n’y a pas de parent plus proche qu’un frère. Ils font remarquer ensuite que la présence d’une femme à la tête d’un fief, une institution militaire, n’est pas souhaitable pour l’accomplissement des devoirs féodaux. « Noble fief ne saurait tomber en quenouille ! ». Pour eux, un seul choix possible, Jean de Montfort, demi frère de Jean III, né du second mariage d’Arthur II avec Yolande de Dreux. Ce différent qui passionna les juristes et les historiens dés le XIVème siècle assombrit les dernières années du règne de Jean III. Le duc était conscient du danger à venir; mais, par prudence diront les uns, par timidité ou par lâcheté diront les autres, peut-être tout simplement parce qu’il était soumis à des pressions contradictoires, il refusa de se prononcer officiellement même si ses préférences allaient à sa nièce. Jean III n’aimait pas sa belle-sœur Yolande ni son frère consanguin. On dit, il est vrai, qu’il se réconcilia avec ce dernier peu de temps avant sa mort. Ses hésitations l’ont même amené à envisager l’éventualité de la cession du duché é à la couronne, moyennant des compensations territoriales en Orléanais pour un hypothétique héritier. Le projet avorta devant l’hostilité des représentants de la noblesse et du clergé. C’est donc dans un climat d’incertitude que se déroulent en 1337 les négociations pour marier Jeanne de Penthièvre. Le choix se porte finalement sur un prince de bonne naissance, pieux et d’esprit chevaleresque, Charles, fils du Comte de Blois et de Marguerite, sœur du roi. Jean III meurt le 30 Avril 1341 sans qu’aucune décision n’ait été prise… A ceux qui tentent une ultime pression, le mourant supplia « Que por Dieu on le laissat en paix, qu’il ne vouloit pas charger son âme ». Les divergences sont telles que seul l’arbitrage du roi et des pairs du royaume peut dénouer la crise, à condition que le jugement ne soit pas faussé au départ ce qui est le cas. Non seulement les protagonistes sont si surs de leurs droits qu’ils se refusent à engager une procédure en justice et qu’ils se bornent dans leur requête à solliciter de Philippe VI l’autorisation de présenter leur hommage lige, mais encore les jeux sont, de toute évidence, déjà faits !. Charles de Blois séjourne à Paris, il est traité comme le successeur du duc défunt et personne ne doute que son hommage qui équivaut à une reconnaissance officielle sera accepté.
S’imposer par force ou par amour ^ haut de page ^
Jean de Montfort, au courant de ce qui se trame et des bruits fâcheux qui courent sur son compte, sur ses origines, ne se berce pas d’illusions. Plutôt que d’attendre une sentence connue d’avance, Jean tente un coup de force. Immédiatement après le décès de son demi-frère et en l’absence de son rival, il entre dans Nantes, s’assure le contrôle de la ville la plus riche et la plus peuplée du duché et se fait acclamer duc par la population. Il lance ensuite des convocations pour un parlement général et en attendant la venue des délégués de la noblesse et du clergé, il chevauche jusqu’à Limoges pour s’emparer du trésor que Jean III avait déposé dans le château. La tentative est audacieuse et justifiable dans le contexte décrit. Il met le roi devant le fait accompli, surprend son adversaire, impressionne ses amis, les indécis qui sont légions et les barons récalcitrants, acquièrent les moyens financiers de ses entreprises futures. Derrière Jean de Montfort se profile son épouse, Jeanne de Flandre, dite Jeanne la Flamme, courageuse et énergique, l’inspiratrice de sa politique et son plus ferme soutien. La cause Montfortiste plaçait tous ses espoirs dans l’assemblée convoquée à Nantes en Mai 1341. Si la petite et la moyenne noblesses sont bien représentées, les barons et les prélats, même ceux qu’on présumait favorables n’ont pas répondu à l’appel. L’élite de la nation a fait son choix et le montre publiquement. Dans les villes plusieurs capitaines se sont également prononcé en faveur de Charles de Blois. Dans ces conditions, Jean de Montfort n’a d’autre alternative que de s’imposer « par force ou par amour », d’entreprendre la conquête du duché manu militari. Il s’y emploie pendant deux mois en Juin - Juillet 1341 par une grande chevauchée dans la pure tradition chevaleresque qui lui livre une vingtaine de villes et de forteresses importantes avec leur arrière pays et lui assure, momentanément, le contrôle de ports, de grands axes commerciaux et de chefs lieux domaniaux. La résistance est faible et, sauf exception, les obstacles sont vite surmontés après une démonstration de force. Un « parti » montfortiste voit le jour, recrutant surtout chez les petits hobereaux de campagne, chez les recteurs paroissiaux et leurs ouailles de l’Ouest bretonnant, dans les milieux populaires.
Les cartes sont vite distribuées. Jean de Montfort se rend en Angleterre et rencontre Edouard III à Windsor. Il y obtient la promesse d’une aide militaire et, en prime, l’inévitable comté de Richemont. La suite des évènements prouve qu’il n’a pas prêté hommage lige au roi. Aussitôt après, il vient à Paris, sur convocation de la cour des pairs, pour entendre la sentence arbitrale. Jean se voit reprocher ses tractations avec les Anglais et devant les menaces à peine voilées préfère prendre la fuite. La décision de Philippe VI ne se fait guère attendre ; le roi accepte, par l’arrêt de Conflans du 7 Septembre 1341, de recevoir l’hommage lige de Charles de Blois au nom de son épouse Jeanne de Penthievre. Jean de Montfort est débouté de ses prétentions à la couronne ducale.
Violence et cruautés
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En conséquence une armée royale se réunit sous les ordres du prince héritier Jean Duc de Normandie (futur Jean II le Bon), et de Charles de Blois pour assiéger Nantes, rapidement prise. C’est le début de la violence et des cruautés. Le Duc de Normandie, ayant fait décapité 30 prisonniers montfortistes , ordonne de projeter leur tête par des catapultes à l’intérieur des remparts de la ville qui ne tarde pas à ouvrir ses portes. Le duc Jean de Montfort, fait prisonnier, est conduit à Paris et enfermé dans la tour du Louvre, fin Décembre 1341. Les sièges de château et de villes ,Rennes , Hennebont, Guérande, Auray, Vannes, Jugon, Morlaix, Quimper…se succèdent sans cesse entre les deux partis et leurs alliés anglais français qui mettent la Bretagne à feu et à sang. En Mai 1342 les Anglais arrivent avec 6000 hommes sous le commandement de Walter Manny pour secourir Hennebont. Début Août plus de 10000 débarquent à Brest. Charles de Blois le 13 septembre 1342 se retrouve face à face, entre Morlaix et Lanmeur, avec les troupes anglaises commandées par les Comtes de Derby, d’Oxford et de Northampton : c’est la bataille de Morlaix.Fin Octobre Edouard III amène sur 400 navires à nouveau environ 5500 à 6000 hommes et le double d’archers, dont l’objectif est semble-t-il la récupération de Nantes, de Rennes et de Vannes. En face, des milliers de militaires français, aidés par de nombreux mercenaires européens s’introduisent à plusieurs reprises en Bretagne. Les Montfortistes, même diminués, survivent à leur revers, aux coups qui leur ont été assenés. Ils trouvent même dans l’épouse de Jean de Montfort, dans l’impétueuse Jeanne de Flandre ou Jeanne la Flamme « au courage d’homme et au cœur de lion », dit Froissart, la championne d’une cause qu’on croyait perdue. D’autre part Robert d’Artois, beau frère du roi de France, quitte la France à la suite de démêlés avec sa célèbre tante Mahaut à propos de l’héritage d’Artois. Cette même année le roi d’Angleterre le nomme lieutenant général de ses troupes en Bretagne. Après avoir réussi à faire lever le siège de Brest, il prend Vannes aidé en cela par Jeanne de Flandre. Les franco bretons reprennent la ville et Robert d’Artois, grièvement blessé meurt, à 56 ans sur un bateau le ramenant en Angleterre. C’était un personnage contrasté, haut en couleurs, tel qu’on en verra beaucoup dans cette guerre. Le 11 Novembre Edouard III scinde son armée en deux corps sous les ordres respectifs de William de Bohun et de lui-même. Il se dirige avec son corps d’armée vers le sud puis parvient le 21 Novembre à Grand-Champ où, pendant 6 jours il prépare l’assaut de Vannes reprise par les Blessistes et envoie une missive pour ordonner les obsèques à Londres de Robert d’Artois. Fin Novembre, Vannes est encerclée et le siège est conduit par son lieutenant général Bohun qui est venu le rejoindre, après avoir laissé ses troupes investir Rennes. Le 6 Décembre, le roi anglais donne ordre à Norfolk et Warwick de prendre la route de Nantes où le siège est mis contre les Blessistes commandés par Charles de Blois. Ce dernier presse alors le roi de France de venir à son secours et de renforcer l’armée que son fils, le duc de Normandie concentre prés d’Angers.
La trêve de Malestroit ^ haut de page ^
Le 24 Décembre le duc de Normandie après avoir pris Ploüermel, s’établit autour avec sa nombreuse armée. Il y est rejoint par le roi Philippe VI de Valois et des renforts qui s’installent dans un camp retranché. C’est la première fois dans l’histoire de la Bretagne que sont présents, face à face, les deux rois d’Angleterre et de France. Le 18 Janvier 1343 tout est prêt. Les avant- postes des deux camps se sont rapprochés et ne sont plus qu’à 6 lieues (24km) les uns des autres. « Tout se prépare pour une bataille formidable » écrit La Borderie.
Le pape Clément VI essayait, mais en vain, depuis son avènement en Mai 1342, de faire signer une trêve aux deux belligérants. Il délègue, pour négocier la paix, deux cardinaux qui trouvent les deux parties, selon Froissart, « Si dures et mal descendans à accord qu’ils ne pouvoient approcher de nule pais ». Et pourtant, l’incroyable se produit. Avec beaucoup de patience et de diplomatie, les deux cardinaux réussissent à convaincre les deux rois et leur entourage. Après de laborieuses négociations, une trêve est signée, le 19 Janvier 1343, en la chapelle du Prieuré de La Madeleine de Malestroit. La trêve devait être observée en Bretagne où la ville de Vannes serait remise aux deux cardinaux et, surtout, Jean de Montfort remis en liberté. Au fond du traité gisait un malentendu ; pour le roi Edouard la trêve laissait la question de droit irrésolue entre les deux prétendants au duché maintenant à chacun d’eux le bénéfice des territoires acquis et occupés ; pour le roi Philippe, au contraire, comme pour le pape, le traité passait sous silence la question de droit parce qu’elle était tranchée par l’arrêt de Conflans, en faveur de Charles de Blois. Les motifs des deux rois pour accepter cette trêve, alors qu’ils étaient prêts à en découdre, sont difficiles à comprendre. Certes, l’hiver bien engagé, ne semblait pas une saison propice pour organiser la logistique de nombreuses troupes, pour les faire manoeuvrer et surtout combattre. Tous les grandes combats, y compris en Bretagne, se déroulent lors de la belle saison. Philippe VI rentre en France avec son armée mais ne libère pas Jean de Montfort. Edouard III regagne l’Angleterre mais laisse des troupes pour garder les possessions de Jean de Montfort. Après être resté 4 mois en Bretagne, il ramène avec lui la duchesse Jeanne de Flandre et son fils Jean afin de le mettre à l’abri et de l’éduquer.
Le bilan de deux années de lutte est en fin de compte décevant. Aucune bataille décisive n’a été engagée, seulement des sièges, des escarmouches, des marches et des contre-marches, des opérations de pillage qui accablent les populations et finissent par affaiblir les belligérants. Les Anglais ont cependant consolidé leur implantation sur la côte occidentale du duché principalement à Brest, les Français gardant les grandes villes de Bretagne gallo (de langue française).
La trêve conclue à Malestroit sera dénoncée par Edouard III, suite à de nombreuses exactions de tous bords, le 26 mai 1345 moins d’un mois avant la bataille de Cadoret
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